Tarif de l'électricité : la hausse du 1er août ne vient pas du prix de marché
Le tarif réglementé augmente de 2,5 % TTC depuis le 1er août 2026, soit 26 euros par an pour un foyer moyen. En lisant les délibérations de la CRE, on constate que le coût d'achat de l'électricité ne figure pas parmi les causes.
Publié 7 août 2026 Lecture 5 min
Depuis le 1er août 2026, le tarif réglementé de vente de l'électricité augmente de 2,5 % TTC en moyenne. La Commission de régulation de l'énergie a publié sa proposition le 16 juillet. En la lisant, on constate que le coût d'achat de l'électricité n'y figure pas parmi les causes.
Ce qui change, en euros
Pour un foyer consommant 4,5 MWh par an — la consommation moyenne retenue par la CRE dans ses calculs —, la facture annuelle passe de 1 046 € TTC à 1 072 € TTC. Soit 26 € de plus sur l'année.
Rapportée à l'énergie consommée, la hausse est de 5,98 € TTC par mégawattheure.
19,37 millions de foyers sont concernés par ce tarif, chiffre arrêté au 31 mars 2026 par la CRE.
Le chiffre de 2,5 % est une moyenne. L'évolution réelle dépend de l'option souscrite — Base, Heures pleines / Heures creuses, Tempo ou EJP —, et la grille détaillée figure dans la délibération tarifaire elle-même.
Trois causes, et le marché n'en fait pas partie
C'est le point qui mérite l'attention. La CRE identifie trois facteurs, et aucun ne concerne le prix auquel l'électricité est achetée :
| Facteur | Sens | Effet |
|---|---|---|
| Tarifs d'utilisation des réseaux (TURPE) | à la hausse | environ +1 % TTC sur le tarif réglementé |
| Mécanisme de capacité | à la hausse | non chiffré dans la publication |
| Accise sur l'électricité | à la baisse | de 30,85 à 30,62 €/MWh |
Autrement dit : ce que vous payez de plus ne rémunère pas l'énergie elle-même. Cela finance le réseau qui l'achemine et la garantie qu'il y en aura assez les jours de pointe.
Le réseau, première brique identifiable
Par une délibération du 21 mai 2026, la CRE a fixé l'évolution annuelle des tarifs d'utilisation des réseaux publics : +3,04 % pour la distribution (TURPE 7 HTA-BT, le réseau d'Enedis) et +3,34 % pour le transport (TURPE 7 HTB, celui de RTE).
La CRE écrit que « cette augmentation des tarifs de réseaux induit une augmentation d'environ 1 % TTC des tarifs réglementés de vente de l'électricité ».
Le détail du calcul est instructif. L'inflation hors tabac prévue pour 2026 pèse +1,30 %, corrigée d'un écart d'inflation 2025 de −0,91 %. Mais c'est un troisième terme qui domine : le coefficient d'apurement du compte de régularisation des charges et produits, plafonné à +3,0 % — et ce plafond est atteint.
Ce mécanisme sert à rattraper les écarts entre ce qui avait été prévu et ce qui s'est réellement passé. En l'occurrence : des recettes tarifaires d'Enedis et de RTE inférieures aux prévisions, et pour RTE, des charges de capital et des coûts de congestion supérieurs aux anticipations.
Le rattrapage est donc plafonné. Cela signifie qu'une partie du retard n'a pas été résorbée cette année, et reste à venir.
Le mécanisme de capacité
Deuxième facteur cité : l'intégration d'un nouveau mécanisme de capacité et l'enchère du 6 juillet 2026. La publication de la CRE ne chiffre pas sa contribution à la hausse — nous ne l'estimerons pas à sa place.
Ce qu'on peut dire sans extrapoler : le réseau explique environ un point sur les 2,5 constatés, et le mécanisme de capacité porte donc l'essentiel du reste.
Une baisse qui limite la hausse
Troisième facteur, et il joue en sens inverse : l'accise sur l'électricité passe de 30,85 à 30,62 €/MWh pour les abonnements inférieurs ou égaux à 36 kVA.
Sans cette baisse, l'augmentation aurait été un peu plus forte. C'est un arbitrage fiscal qui amortit, partiellement, une hausse d'origine technique.
Ce qui change aussi dans la structure des tarifs
Au-delà du niveau, la CRE fait évoluer la grille elle-même :
- l'option Heures pleines / Heures creuses s'ouvre aux abonnements 3 kVA, jusqu'ici cantonnés à l'option Base ;
- un tarif Tempo distinct apparaît pour les puissances 24 kVA ;
- l'option Base historique disparaît dans les zones non interconnectées au 1er août 2026 ;
- les tarifs historiques Jaune et Vert, en Corse et outre-mer, entament une extinction sur quatre ans.
L'ouverture des heures creuses aux abonnements 3 kVA concerne des foyers à faible puissance souscrite, souvent de petits logements. Pour eux, l'arbitrage entre Base et Heures creuses redevient possible — il ne l'était pas.
Ce que cela veut dire pour votre facture
Trois constats pratiques.
La hausse est modérée mais structurelle. 26 € par an, ce n'est pas un choc. Mais l'origine — réseau et capacité — signale des coûts qui ne baisseront pas mécaniquement si les prix de marché reculent.
Changer de fournisseur ne protège pas de cette part-là. Le TURPE et le mécanisme de capacité sont payés quel que soit le fournisseur. Une offre de marché moins chère joue sur la part énergie, pas sur celle-ci.
Le plafonnement du rattrapage réseau est à surveiller. Le coefficient d'apurement a atteint son plafond de 3,0 %. Le reliquat non résorbé cette année ressortira lors des prochaines évolutions tarifaires.
Sources
- Commission de régulation de l'énergie, proposition d'évolution des tarifs réglementés de vente de l'électricité au 1er août 2026, publiée le 16 juillet 2026. Consultée le 6 août 2026.
- Commission de régulation de l'énergie, évolution annuelle des tarifs d'utilisation des réseaux publics d'électricité au 1er août 2026, délibération du 21 mai 2026. Consultée le 6 août 2026.
Auteur
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