Votre facture d'électricité finance la transition énergétique des îles françaises
Les habitants des zones non interconnectées (ZNI) comme la Guadeloupe ou La Réunion paient leur électricité au même tarif qu'en métropole, alors que son coût de production y atteint 369 € par MWh. Une taxe sur l'électricité compense cette différence depuis août 2025.
Publié 20 août 2026 Lecture 4 min
Depuis août 2025, une partie de votre facture d'électricité sert à financer la transition énergétique des territoires ultramarins et de la Corse. Ces zones, non connectées au réseau continental, produisent leur électricité à un coût bien plus élevé qu'en métropole. Pourtant, leurs habitants paient le même tarif réglementé. La différence est couverte par une majoration de l'accise sur l'électricité et les combustibles fossiles, fixée à 5,66 € par MWh depuis février 2026.
Un coût de production trois fois plus élevé qu'en métropole
En 2025, produire un mégawattheure (MWh) d'électricité coûte en moyenne 369 € dans les ZNI, contre environ 100 € en métropole. Ces territoires dépendent encore largement des énergies fossiles importées, comme le fioul ou le charbon. La Réunion est devenue en 2024 le premier territoire à convertir ses centrales au biocarburant, mais les combustibles restent majoritairement importés.
Les coûts varient selon les îles. En Guadeloupe, en Martinique ou à Mayotte, les centrales thermiques fonctionnent encore au fioul. À La Réunion, la conversion des centrales charbon à la biomasse solide a permis de réduire cette dépendance. Ces différences expliquent pourquoi le coût moyen de production fluctue d'une année à l'autre.
Une taxe sur l'électricité pour compenser les surcoûts
Pour garantir l'égalité tarifaire entre les ZNI et la métropole, l'État compense les surcoûts de production via les charges de service public de l'énergie (SPE). Jusqu'en juillet 2025, ce financement provenait du budget général. Depuis août 2025, une majoration de l'accise sur l'électricité et les combustibles fossiles prend le relais. Cette taxe s'élève à 5,66 € par MWh depuis le 1er février 2026.
En 2024, les charges de SPE pour les ZNI représentaient 2,5 milliards d'euros. Ce montant couvre non seulement les surcoûts de production, mais aussi les actions de maîtrise de la demande en énergie (MDE) et les investissements dans les énergies renouvelables. La CRE évalue chaque année ces charges pour l'année suivante.
Des aides pour réduire la consommation d'électricité
Les actions de maîtrise de la demande en énergie (MDE) jouent un rôle clé dans les ZNI. Elles permettent de réduire la consommation, les émissions de CO₂ et les coûts de production. Entre 2019 et 2024, le dispositif des « cadres territoriaux de compensation des petites actions de MDE » a versé 685 millions d'euros de primes aux consommateurs. Ces aides ont financé des travaux d'isolation, l'installation de chauffe-eau solaires ou l'éclairage performant.
Ces actions ont permis d'économiser 1 365 GWh par an, soit environ 12 % de la consommation annuelle d'électricité de ces territoires. Sur 30 ans, elles devraient générer une économie nette de plus de 3 milliards d'euros pour les charges de SPE. Le dispositif a été reconduit pour la période 2025-2028, avec un budget prévisionnel de 546 millions d'euros de primes.
Des appels d'offres pour développer les énergies renouvelables
Pour atteindre 100 % d'énergies renouvelables dans leur mix électrique d'ici 2030, les ZNI misent sur des appels d'offres et des arrêtés tarifaires. La CRE recommande le recours aux appels d'offres pour les filières matures comme le photovoltaïque ou l'éolien, et aux contrats de gré à gré pour les autres filières.
En 2025, les producteurs indépendants assuraient 73 % de la production d'électricité dans les ZNI. Ces contrats d'achat, conclus avec les opérateurs historiques comme EDF SEI ou Électricité de Mayotte, permettent de diversifier le mix énergétique. La CRE analyse chaque année la pertinence de ces mécanismes pour garantir leur efficacité.
Des tarifs adaptés aux spécificités locales
Les tarifs réglementés de vente d'électricité (TRVE) dans les ZNI sont alignés sur ceux de la métropole pour les petits consommateurs. Pour les clients en haute tension ou souscrivant une puissance supérieure à 36 kVA, les tarifs reflètent les coûts réels de production locale. Depuis 2017, des tarifs dits « de transition énergétique » incitent les gros consommateurs à adapter leur usage aux contraintes du réseau.
La CRE définit également le fonds de péréquation de l'électricité (FPE), qui compense les spécificités des réseaux insulaires. Ce fonds finance la transition énergétique tout en garantissant un haut niveau de qualité de service. Les gestionnaires de réseaux en ZNI bénéficient d'une analyse personnalisée de leurs comptes pour ajuster leurs dotations.
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