Coefficient 1,9 : correctif technique ou assouplissement politique ?
La révision aligne la France sur une valeur européenne. Elle desserre aussi, au même moment, la contrainte qui pesait sur des centaines de milliers de logements locatifs. Les deux lectures sont défendables.
Publié 28 juil. 2026 Vérifié 28 juil. 2026 Prochaine révision 3 déc. 2026 Lecture 8 min
Le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026. Le ministère présente la mesure comme un alignement sur la valeur par défaut de la directive européenne 2023/1791. C'est exact. Ce n'est pas tout.
L'argument technique tient
Un coefficient de conversion traduit le rendement du système de production. Celui de 2,3 datait d'une époque où le mix et les pertes de réseau justifiaient cette valeur. Le maintenir aurait pénalisé le chauffage électrique au-delà de sa réalité physique actuelle, dans un pays dont l'électricité est largement décarbonée.
Sur ce point, la révision corrige un décalage réel. Le titre même du communiqué ministériel ne s'en cache pas : il s'agit de « favoriser l'électrification du chauffage ».
L'argument politique tient aussi
Mais un coefficient de DPE n'est pas qu'une grandeur physique. C'est le paramètre qui décide si un logement est louable ou non.
La révision intervient alors que l'interdiction de louer les logements classés G est en vigueur depuis janvier 2025, et qu'un projet de loi vise à rouvrir la location aux F et G. Trois mouvements convergent donc vers le même résultat : desserrer la contrainte sur le parc locatif privé.
Un correctif technique qui produit, par construction, un effet politique majeur reste un correctif technique. Il n'est pas illégitime de constater que le calendrier est commode.
Ce que le débat oublie
Les deux camps s'affrontent sur l'étiquette. Or l'étiquette n'est pas la facture.
Un logement reclassé de G en F consomme exactement autant qu'avant. Son occupant paiera la même chose — davantage, même, puisque le tarif réglementé a progressé de 2,5 % au 1er août. Le seul changement porte sur le statut juridique du bien, pas sur le confort ni sur la dépense.
C'est la limite d'un dispositif qui mesure une conventionnalité plutôt qu'une consommation réelle. Tant que le DPE restera un calcul et non une mesure, il restera modifiable par arrêté — et ce qu'un arrêté donne, un autre peut le reprendre.
Ce qu'il faut en retenir
Pour un propriétaire : le reclassement est réel, immédiat, et une attestation gratuite est disponible sans refaire de diagnostic. Pour un locataire : rien ne change, ni la facture, ni le confort. Pour qui envisage des travaux : la contrainte réglementaire s'éloigne, l'intérêt économique demeure.
Auteur
Journaliste rédacteur au Fil Énergie. Suit les évolutions réglementaires du logement : diagnostic de performance énergétique, obligations de location et dispositifs d'aide à la rénovation.